Première nouvelle
Publié le 05/03/2026 par Le Serendipitaire

Note d'accompagnement

Retour à la page racine du projet de nouvelle

--

Ceci est une note accompagnant ma nouvelle : une histoire de morale.

Dans l’idéal, la lecture de la nouvelle précède celle de ce qui suit.

La nouvelle est conçue pour laisser place aux projections personnelles.

J’explique ici la genèse du projet et les choix que j’ai faits. Cela peut éclairer certains questionnements apparus lors de la lecture, mais cela risque aussi de restreindre la portée que la nouvelle pourrait avoir pour le lecteur.

Cette nouvelle n’est ni un essai philosophique, ni une utopie politique, ni une anticipation sociologique. Il s’agit d’une fiction philosophique contemplative visant à faire éprouver l’expérience d’un monde libéré de toute nuisance interhumaine.

Le point de départ vient de ma lecture de La Leçon de 1980 de Dino Buzzati.

Cette lecture m’a plongé, pendant quelques instants, dans la vision d’un monde sans malveillance, baigné de sérénité.

L’idée d’un vivre-ensemble apaisé.

En reprenant mes esprits, ce bref état de béatitude a laissé place à un mélange de tristesse et de désolation.

Ce ressenti émotionnel était sans doute dû à la rencontre entre cette lecture et une disposition particulière de ma part à ce moment-là.

Cette expérience a fait germer une idée.

J’ai alors décidé d’explorer, par l’écriture, la projection d’une bascule du monde réel, avec ses vices, vers un monde fictif sans malveillance où la vertu deviendrait la norme. L’objectif n’était pas de proposer une vision complète d’un monde idéalisé, mais de susciter chez le lecteur un état proche de celui que j’avais éprouvé à la lecture de Buzzati.

Pour parvenir à une situation dans laquelle chaque individu devient digne de confiance, il fallait imaginer une contrainte ou une incitation appropriée.

Dans sa nouvelle, Buzzati recourt à une sentence divine frappant à intervalles réguliers et instaurant un climat de peur.

Je ne voulais pas d’un mécanisme de cette nature.

Bien que le monde dessiné par Buzzati m’ait inspiré un sentiment de tranquillité, je ne souhaitais pas fonder le mien sur la menace d’une mort immédiate. L’idée que chacun vive sous une épée de Damoclès, guidé par la peur, ne correspondait pas à ce que je recherchais. D’autant qu’elle pourrait aussi suggérer que la terreur, voire la peine de mort, constituerait une solution aux maux de nos sociétés.

J’ai donc retenu l’idée d’une pression intérieure : une force morale transcendante et commune à tous, devenue impossible à ignorer. Un changement de la « nature humaine » faisant naître un monde dans lequel les conséquences morales de nos actes deviennent immédiates.

Dans ce monde imaginaire, nuire à quelqu’un provoque instantanément une souffrance intérieure suffisamment forte pour empêcher de poursuivre. À l’inverse, les actions vertueuses procurent un sentiment réel de soulagement et de joie.

À travers cette nouvelle, je cherche à faire éprouver ce que serait la vie dans un monde sans méfiance, en allant au-delà du simple sentiment de sécurité. Il s’agit de laisser imaginer une société où chaque individu, chaque interaction et chaque projet n’ont plus à porter la charge de l’anticipation des menaces.

Par « charge », j’entends les limites que l’on s’impose, la vigilance intérieure, les dispositifs de protection, les mécanismes de contrôle, les précautions contractuelles, les infrastructures de sécurité et, plus largement, l’ensemble des ressources mobilisées pour se prémunir contre la malveillance. La disparition de cette charge transformerait non seulement l’expérience intime des individus, mais aussi l’organisation de nos activités, de nos institutions et de nos priorités collectives.

Je fais le choix de ne pas détailler ce nouveau monde.

C’est précisément l’objet de cette nouvelle : créer une situation inédite et ouvrir une brèche dans laquelle le lecteur projette ses propres représentations.

Ce récit comporte des failles, sur le fond comme sur la forme, mais certaines orientations ont été prises délibérément.

Je choisis de ne pas expliquer l’origine du changement dans la « nature humaine ». Il a eu lieu, simplement.

J’ai également choisi de ne pas ouvrir le débat sur ce qui est moralement bon ou non.

Le projet « TheHumanContinuumProject.org » vise à incarner l’idée d’une responsabilité collective devenue consciente. J’ai tenté de le faire apparaître par un effet de style inspiré de Borges.

Cette nouvelle soulève des questions relatives à la liberté auxquelles elle n’apporte pas de réponse.

Si les humains sont moins libres de leurs actes en ne pouvant plus nuire, étaient-ils plus libres auparavant ?

Nuire est-ce réellement une liberté ?

Perdre la liberté de nuire constitue-t-il un sacrifice acceptable pour vivre en paix ?

La liberté de nuire ne nous prive-t-elle pas, en réalité, de la liberté de vivre en paix ?

En somme, cette nouvelle ne cherche pas à apporter des réponses, mais à explorer une idée et à tenter de la rendre sensible.

— Le Serendipitaire