Témoignage d'un premier projet d'écriture
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L’objectif de ce billet est de retracer les étapes que j’ai traversées pour terminer mon premier projet de nouvelle.
J’y explore mes ressentis, mon cheminement et les techniques que j’ai utilisées.
Depuis longtemps, j’ai l’ambition d’écrire.
Et pourtant, jusqu’ici, je n’étais jamais parvenu à commencer quoi que ce soit.
Lorsque mon envie d’écrire s’est intensifiée, j’ai décidé de prendre ce désir plus au sérieux.
J’ai une appétence pour la fantasy et j’ai envisagé d’écrire une histoire dans l’esprit de Pierre Bottero, qui constitue pour moi une source d’inspiration.
Mais en dehors de quelques idées notées dans un bloc-notes, je ne disposais d’aucun point de départ concret.
J’essayais de simplifier l’exercice. Je me disais qu’un format court, même une simple scène, suffirait. Pourtant, même ainsi, aucune idée ne parvenait à produire l’élan nécessaire.
J’ai alors décidé de prendre du recul et de me remettre à lire.
J’ai commencé par Borges avec son recueil Fictions, dont j’avais entendu parler peu avant dans une vidéo de CatoMinor.
Cette œuvre est manifestement remarquable, mais, pour beaucoup de ses nouvelles, j’ai trouvé la lecture fastidieuse. Je n’étais sans doute pas encore prêt pour ce style.
Après ce livre, je me suis tourné vers Buzzati et son recueil Le K.
Ce fut un choc.
Lire Buzzati a été une véritable expérience.
Une écriture simple, des idées profondes : j’ai immédiatement été saisi.
La Leçon de 1980, l’une des nouvelles du recueil, a déclenché quelque chose en moi. L’émotion s’est transformée en inspiration.
Comme une évidence, un sujet venait d’apparaître.
À partir de ce moment, j’ai interrompu mes lectures pour consacrer ce temps à l’écriture.
Tout ce que j’avais appris jusque-là sur les techniques d’écriture prenait enfin un sens concret.
L’idée de produire un premier jet, simplement pour disposer d’une matière à retravailler, s’est imposée naturellement. Réfléchir à une structure narrative ne me semblait pas être un obstacle.
J’ai écrit le premier jet en quelques jours.
Pour la première fois, un projet existait. Un texte existait.
Mais cet effort m’avait épuisé. Je ne pouvais pas immédiatement entamer la réécriture. J’ai donc attendu un peu avant de poursuivre.
Puis un obstacle inattendu est apparu.
Une forme de résistance intérieure.
Les étapes restantes étaient claires. Je les acceptais. Mais une partie de moi considérait que le travail essentiel avait déjà été accompli. Ce premier jet pouvait suffire.
Continuer est alors devenu difficile.
Là où l’écriture avait d’abord été fluide, elle devenait désormais plus contraignante.
C’est à ce moment que l’IA est intervenue dans mon processus.
Je l’ai utilisée comme un relecteur.
Je lui ai soumis mon premier jet, accompagné de mes intentions. En retour, j’ai reçu une analyse et des pistes d’amélioration.
À partir de ces retours, j’ai établi un plan de travail.
J’ai repris depuis le début.
Je suis reparti d’une page blanche.
La motivation était moins intense qu’au début, mais, progressivement, une nouvelle version du texte a pris forme.
Je pouvais désormais analyser ce nouveau texte et mesurer le chemin parcouru.
Mais le retour que j’ai reçu n’a pas été celui que j’attendais.
Au lieu d’une validation, de nouveaux défauts ont été relevés. Certains concernaient la forme. D’autres touchaient à la structure même.
J’avais en tête que cette réécriture conclurait le travail. Je n’avais pas vraiment anticipé qu’elle ne constituerait qu’un second jet.
Il ne s’agissait pas de faire de petits ajustements, mais d’une reprise en profondeur. Il fallait unifier la narration, clarifier les intentions et rendre l’ensemble plus cohérent.
C’est à ce moment que j’ai compris quelque chose d’essentiel.
La vision rend l’écriture possible. Mais l’écriture améliore la vision.
On commence sans voir clairement.
Puis, à force de réécrire, un chemin émerge.
Chaque version rend la suivante accessible.
Ce processus est exigeant. Il peut décourager. Il donne parfois l’impression de ne jamais atteindre une forme définitive.
Mais c’est ainsi que le texte devient réel.
Dans ce processus, l’IA a occupé une place particulière.
Pas comme un auteur.
Comme un révélateur.
Chaque version restait la mienne.
Mais, après chaque itération, je pouvais confronter le texte à un regard extérieur, identifier les faiblesses, repérer les zones floues et comprendre ce qui devait être reconstruit.
Progressivement, j’ai commencé à écrire, en parallèle, une note d’intention.
Au départ, ce n’était qu’un espace pour conserver des idées qui ne pouvaient pas apparaître sous forme brute dans la nouvelle.
Puis cet espace est devenu un outil.
Il me permettait de formuler ce que je cherchais réellement à faire et donc d’orienter plus précisément la réécriture suivante.
J’étais en train de construire une méthode.
Chaque réécriture réduisait l’écart entre le texte existant et le texte visé.
Ce processus a produit un effet inattendu : une motivation nouvelle.
Pour mon quatrième jet, j’ai finalisé l’intégration du narrateur que j’avais commencée timidement dans la version précédente.
C’est également à ce moment que j’ai compris que je pouvais ajouter une dimension supplémentaire.
Une fois cette idée en tête, je ne pouvais plus m’en défaire.
TheHumanContinuumProject.org s’intègre à la narration et la renforce, tout en donnant une profondeur au monde de la fiction.
Mais, encore une fois, ce texte n’était pas totalement satisfaisant.
Je me suis donc lancé dans un cinquième jet, qui se révélera également être le dernier.
Chaque réécriture a été une épreuve. Mais cette dernière a été particulièrement difficile. Il manquait de l’incarnation et il y avait trop de passages conceptuels.
J’ai également tenté de rendre la narration moins plate et de laisser l’interprétation plus libre.
Ici, j’ai supprimé, supprimé, supprimé, jusqu’au point de me dire que le texte risquait de perdre le sens que je voulais lui donner.
Avec cette crainte de perte de sens apparue en cours de réécriture, et face à la difficulté paralysante que j’ai à transformer des concepts en scènes incarnées, je me suis mis en tête d’écrire un nouveau texte, d’un autre genre : un texte réflexif complémentaire à la nouvelle.
J’avais déjà trois projets de textes autour d’une même idée. Je m’étais empêché de continuer mes lectures par peur de me disperser et, alors que je touchais à la fin de mon projet, je trouvais encore le moyen d’ajouter une couche de travail.
Mais j’avais la sensation que ce dernier texte me permettrait d’écrire au plus près de ma pensée et compléterait parfaitement le reste.
J’ai donc entrepris l’écriture de cette réflexion.
Ce projet de nouvelle a été une véritable épreuve pour moi et m’a permis d’entrevoir ce qu’est réellement le monde de l’écriture, ainsi que le niveau d’exigence qu’il implique.
Je n’ai toujours pas la clé pour faire venir l’inspiration, mais je pense avoir trouvé un chemin pour concrétiser une vision lorsqu’elle apparaît.
Et c’est une grande fierté pour moi d’être parvenu à aller au bout de mes idées et de terminer ces textes.
— Le Serendipitaire
